· Comprendre sa Lune ·
Lune du cerf, du loup, froide : d'où viennent ces noms ?
Ces noms viennent d'une liste nord-américaine, diffusée au vingtième siècle par des almanachs de fermiers et reprise en français depuis peu. On lit partout qu'ils seraient d'origine amérindienne : c'est à prendre avec précaution, car les listes relevées chez ces peuples ne correspondent pas. Ce sont des étiquettes, pas de l'astronomie.
Chaque mois, la même chose. Une pleine lune approche, et la presse sort son nom : lune des fraises en juin, lune du cerf en juillet, lune froide en décembre. Souvent avec la même phrase en dessous, celle qui dit que ces noms nous viennent des peuples amérindiens.
Cette phrase est le problème. Pas parce qu’elle est méchante, elle ne l’est pas. Parce qu’elle est fausse, ou du moins beaucoup trop approximative pour être répétée telle quelle. Voici ce qu’on peut dire honnêtement de ces noms, et ce qu’ils sont vraiment.
D’où vient cette liste de douze noms ?
D’Amérique du Nord, et du vingtième siècle.
La liste que tout le monde recopie aujourd’hui a été popularisée par des almanachs de fermiers américains, ces publications annuelles qui mélangent prévisions météo, conseils de jardinage et repères de calendrier. Elles ont imprimé des listes de noms de lunes, un par mois, et la liste s’est installée.
Ce n’est donc pas une tradition orale transmise depuis des siècles. C’est un objet éditorial, diffusé par des publications qui avaient un lectorat, et qui a fini par ressembler à un fait établi à force d’être imprimé.
Deux des noms de la liste sont d’ailleurs d’origine anglaise et non amérindienne. La lune des moissons est attestée en anglais dès 1709, la lune du chasseur dès 1710, dans un usage agricole et sous une plume anglaise. Elles étaient là avant les almanachs, et elles n’ont jamais rien eu d’amérindien.
Ces noms sont-ils vraiment amérindiens ?
C’est la question qui compte, et la réponse honnête est : pas de la façon dont on le dit.
Des peuples autochtones d’Amérique du Nord ont bien nommé les lunes. Ces noms existent, ils sont documentés, certains ont été relevés par écrit dès le dix-septième siècle. Le problème, c’est qu’ils ne correspondent pas à la liste populaire.
Quand on compare, plusieurs mois divergent franchement. Là où la liste des almanachs annonce un cerf, une truite ou un castor, les listes réellement relevées donnent des noms tout autres, souvent liés à des baies, à des poissons ou à l’arrivée de la saison froide. Et ces noms-là suivaient les travaux et les récoltes, pas les cases d’un calendrier civil.
Ce n’est pas que la liste soit inventée. C’est qu’elle a été présentée comme le reflet d’une tradition qu’elle représente mal.
Il y a aussi une question de nombre. Parler des « noms amérindiens » au singulier suppose qu’il y en aurait une version, alors que les peuples concernés sont nombreux, répartis sur un continent, et qu’ils ne partageaient ni la même langue ni le même calendrier. Une liste unique ne peut pas rendre ça.
C’est pour cette raison qu’on ne nommera aucun peuple dans cet article. Attribuer un nom précis à un groupe précis demanderait une source précise, et sur ce sujet, les sources sérieuses invitent justement à la prudence.
Pourquoi le nom ne désignait pas la pleine lune ?
Voilà le détail qui surprend le plus, et qui change la lecture de toute la liste.
À l’origine, ces noms ne désignaient pas la pleine lune. Ils désignaient la lunaison entière, c’est-à-dire le cycle complet, compté à partir de la nouvelle lune. La lune du cerf, ce n’était pas une nuit : c’était une période d’environ vingt-neuf jours.
Le glissement vers la seule pleine lune est récent, et il s’explique assez simplement : la pleine lune est ce qui se voit, ce qui se photographie et ce qui se partage. La lunaison entière n’est pas un événement, c’est une durée. L’une fait un titre, l’autre non.
Donc quand on lit « la pleine lune du cerf est ce mardi », on lit une formule doublement décalée : un nom nord-américain récent, appliqué à un instant que ce nom ne désignait pas.
Les douze noms, mois par mois
Voici la liste telle qu’elle circule, sans la commenter davantage. Elle a le mérite d’être jolie et facile à retenir, ce qui est probablement la raison de son succès.
| Mois | Nom | Mois | Nom |
|---|---|---|---|
| Janvier | lune du loup | Juillet | lune du cerf |
| Février | lune des neiges | Août | lune de l’esturgeon |
| Mars | lune des vers | Septembre | lune des moissons |
| Avril | lune rose | Octobre | lune du chasseur |
| Mai | lune des fleurs | Novembre | lune du castor |
| Juin | lune des fraises | Décembre | lune froide |
La lune rose, au passage, ne décrit pas une Lune rose. Elle renvoie à une fleur de printemps. Une pleine lune ne change pas de couleur selon le mois : elle rougit quand elle est basse sur l’horizon, à cause de l’atmosphère, et ça peut arriver n’importe quand dans l’année.
Pourquoi septembre et octobre changent parfois de nom ?
Parce qu’un seul nom de la liste n’est pas attaché à un mois, et c’est celui des moissons.
La lune des moissons est la pleine lune la plus proche de l’équinoxe d’automne. Comme le cycle lunaire ne tombe pas en phase avec le calendrier, elle se produit tantôt en septembre, tantôt en octobre. Environ une année sur trois, c’est octobre qui l’emporte, et septembre prend alors un autre nom.
C’est la seule règle de la liste qui se calcule au lieu de se lire, et c’est aussi celle que la plupart des tableaux figés se trompent à recopier. Une année sur trois, ces tableaux annoncent le mauvais mois.
La pleine lune la plus proche de l’équinoxe prend le nom de « moissons »
Sur notre calendrier lunaire, le nom est recalculé chaque année à partir de la date réelle de l’équinoxe et de la pleine lune, pour cette raison précise.
Et en français, on dit quoi ?
En français, ces noms sont des invités récents. Ils sont arrivés par la traduction de contenus anglophones, et ils se sont installés vite : on les trouve aujourd’hui jusque dans les médias de service public, souvent encore entre guillemets, ce qui est plutôt bon signe.
Mais il existe une notion lunaire française bien plus ancienne, et beaucoup moins connue : la lune rousse. Elle désigne la lunaison qui suit Pâques, donc grossièrement avril et mai. Son nom ne vient pas de la couleur de la Lune : il vient du roussissement des jeunes pousses, grillées par les gelées tardives du printemps.
Et le plus intéressant, c’est que la cause n’a rien de lunaire. Par ciel dégagé, la chaleur du sol s’échappe la nuit et la température chute, ce qui grille les pousses tendres. Or un ciel dégagé, c’est aussi un ciel où la Lune se voit. Les jardiniers ont associé les deux, comme on associe souvent ce qui arrive ensemble. La Lune était le témoin, pas la cause.
C’est une tradition qui dit quelque chose de vrai sur le monde, à condition de savoir ce qu’elle décrit vraiment. C’est exactement la façon dont on aime lire l’astrologie.
À retenir
- Ces douze noms viennent d’une liste nord-américaine, diffusée au vingtième siècle par des almanachs de fermiers, et reprise en français depuis peu.
- L’attribution aux peuples autochtones est trop approximative pour être répétée : les listes réellement relevées chez eux ne correspondent pas à celle-ci.
- À l’origine, le nom désignait la lunaison entière, comptée depuis la nouvelle lune, et non la seule nuit de pleine lune.
- La lune des moissons est la seule à ne pas être attachée à un mois : c’est celle la plus proche de l’équinoxe d’automne, et elle bascule en octobre environ une année sur trois.
- Ce sont des étiquettes de calendrier, pas des descriptions du ciel. Ce qui change vraiment d’une pleine lune à l’autre, c’est le signe qu’elle traverse.
Ce dernier point est celui qui nous intéresse le plus. Le nom d’une pleine lune ne dit rien de ce qu’elle éclaire chez toi ; son signe, si. C’est ce que Mon Reflet Lunaire calcule chaque matin, à partir de ton propre ciel de naissance plutôt qu’à partir d’un almanach.
Si tu veux voir la mécanique de plus près, l’article sur la différence entre Soleil, Lune et ascendant explique pourquoi la Lune est la pièce qu’on oublie le plus souvent. Et pour savoir quand tombe la prochaine, avec son heure exacte et son signe, le calendrier lunaire est là pour ça.
Questions fréquentes
- La lune du cerf, c'est quand ?
- C'est le nom donné à la pleine lune de juillet. Comme toutes les pleines lunes, elle tombe à une date différente chaque année, puisque le cycle dure vingt-neuf jours et demi et non un mois calendaire. Le nom ne désigne pas une date fixe : il désigne simplement la pleine lune qui tombe dans ce mois-là.
- Ces noms sont-ils vraiment amérindiens ?
- C'est ce qu'on lit partout, et c'est justement le point à nuancer. La liste populaire a été diffusée par des almanachs de fermiers nord-américains au vingtième siècle. Les listes de noms de lunes relevées chez les peuples autochtones d'Amérique du Nord existent bien, mais elles ne coïncident pas avec celle-là : plusieurs mois y portent des noms complètement différents. Attribuer la liste populaire à un peuple précis serait donc inexact.
- Existe-t-il des noms de pleines lunes français ?
- Pas sous cette forme. La liste des douze noms est une importation récente. En revanche, la France a sa propre notion lunaire ancienne : la lune rousse, qui désigne la lunaison qui suit Pâques, autour d'avril et mai. Son nom ne vient pas de la couleur de la Lune mais du roussissement des jeunes pousses grillées par les gelées tardives.
- Pourquoi la pleine lune de septembre change parfois de nom ?
- Parce que la lune des moissons n'est pas attachée à un mois : c'est la pleine lune la plus proche de l'équinoxe d'automne. Environ une année sur trois, elle tombe en octobre plutôt qu'en septembre. Cette année-là, septembre prend un autre nom. C'est la seule règle de la liste qui se calcule au lieu de se lire.
- Est-ce que ces noms ont une influence sur quoi que ce soit ?
- Non, et personne ne le prétend sérieusement. Ce sont des étiquettes de calendrier, pas des descriptions du ciel. Une pleine lune de juillet ne se comporte pas autrement parce qu'on l'appelle lune du cerf. Ce qui change réellement d'un mois à l'autre, c'est le signe que la Lune traverse au moment exact où elle est pleine, et ça, ça se calcule.
